Qu’est ce que le Tao ? Il s’agit là d’une question que nous n’osons pas poser. Pour éviter la stupidité de donner une réponse, nous nous sommes habitués à des non-réponses : si on répond, ce n’est pas une réponse. Peut-être que l’aspect le plus connu du Tao Te King est juste cela : Le Tao dont on peut parler n’est pas le Tao Eternel ; le nom que l’on peut nommer n’est pas le nom éternel.

Les touts-débuts de la mode du Tao remontent au Bouddha Gautama quand il a tenu la fleur et qu’il a souri. Mahakasyapa avait compris. Il n’avait pas compris la fleur en soi, mais la réponse.

Comment Kasyapa a-t-il compris la réponse ? Il l’a comprise parce qu’il n’y avait pas de question. On raconte que la fleur était la graine du Zen, mais Lao Tzu avait-il écrit le script? Pas de question, une non-réponse définitive, et le sage Kasyapa qui comprend tout d’un coup. Dans le Zen, dans le Tao, rien n’est pris au sens littéral. La méthodologie du Zen et du Tao, c’est de battre le littéral, le rationnel, et non pas de l’entraîner. Dire que Lao Tzu a écrit quelque chose, mis à part le script du Bouddha, cela revient à entrer dans le domaine des noms et des formes. Le fait est que Gautama a donné à Kasyapa quelque chose qu’il avait déjà. Peu importe ce qu’il avait, ou ce qu’il reçut, il sourit.

Alors est ce que le Tao est le Zen ? Continuez à interroger. Comme le dit le japonais Matsukaze : « Le vent dans les pins ». Ça c’est une réponse Zen. Ce n’est pas une réponse au littéral ou au rationnel, c’est une réponse du cœur, pour l’esprit clair. Le Taoïste pourrait bien trouver la réponse dans le flot de la rivière. Regardez-la et écoutez-la. Chantez-lui un chant. Parlez-lui. La réponse finira par arriver.

Pourquoi Lao Tzu était-il un tel farceur ? « Vous êtes invités à examiner le Tao, inestimable, incroyable, suprêmement guérissant, incroyablement naturel, le gouverneur de toutes choses. Examinez-le mais ne demandez pas ce que c’est. Et si vous demandez, n’attendez pas une réponse. Et si vous en recevez, ne les croyez pas. Et si vous remarquez que vous croyez en une réponse, n’y croyez pas trop longtemps. »

Lao Tzu n’était pas un businessman, bien que nombre de ceux qui se considèrent proches de sa vision ont rejoint la cause partant du fait que puisqu’il n’y a pas de réponse, n’importe quelle réponse fera l’affaire.

De manière authentique, et en toute honnêteté, on ne peut pas commencer à répondre à moins que nous ne connaissions la réponse et que nous soyons conscients du fait qu’on ne peut transmettre une réponse à une autre personne juste par des mots et la raison. Pas surprenant que certains disent que Lao Tzu n’a pas existé. Offrir un produit sans sa description ! Bon, Au moins, il lui a donné un nom, Tao. Si cela suffit pour ouvrir votre appétit, alors vous êtes déjà un taoïste.

Si vous vous interrogez sur le Tao, c’est le début de la voie vers la satisfaction. On s’interroge et on pose des questions parce que c’est ce que l’esprit est habitué à faire. Poser constamment des questions à l’intérieur ou tout haut, toujours commenter ceci ou cela, approuver, désapprouver. L’esprit-singe de l’humain est surchargé et ne s’arrête jamais. Nous l’écoutons, nous le croyons et nous persuadons les autres de la valeur de ce que nous pensons. Les taoïstes ne lancent pas des révolutions. Le Tao Te King fut le cadeau aux chercheurs de la liberté inconditionnelle. Simple et poétique, il met en jeu la précision et la clarté nécessaire pour créer le non-sens qui accompagne l’éveil.

Si Lao Tzu était attrapé aujourd’hui alors qu’il quitterait la Bibliothèque Impériale Chinoise pour un refuge en montagne, on l’aurait probablement forcé à ouvrir un compte Facebook pour qu’il y partage sa sagesse. Mais à son époque, avant de partir pour la montagne, il laissa un livre. Un mélange de culture, de tradition et de politique chinoise célèbre pour sa beauté, et qui pointe vers la sagesse intemporelle et vers l’interconnexion de toutes choses.

L’un des signes de la prévision intemporelle de Lao Tzu est que le Tao Te King parle à toutes les cultures. Le fait que ses mots écrits soient si connus de par le monde et dans des langues et traductions si nombreuses, est un signe de l’attrait remarquable qu’opère ce vieux libraire.

Alors que le Bouddha a donné 84,000 enseignements pour refléter les différentes tendances des chercheurs individuels, Lao Tzu a juste laissé 81 vers. Nous aimons tous le Tao parce qu’on ne peut pas dire ce qu’il est. Nous aimons tous le Tao parce que nous y trouvons un sens de la nature taquine de Lao Tzu. Nous aimons le Tao parce que, dans n’importe lequel de ces vers, nous pouvons trouver la clé vers les enseignements du Bouddha ou de tout autre Koan Zen qui ont taquiné l’esprit d’étudiants et de moines Zen pendant tellement de siècles.

En lâchant notre propre importance, notre croyance dans nos pensées et nos idées, nous pouvons avoir une chance d’apercevoir le Tao. Et alors nous sourions. Et ensuite, nous voyons la fleur. Et ensuite nous voyons la graine. Et ensuite nous le voyons en entier et nous n’en voyons rien. Et ensuite nous nous arrêtons. Puis, ayant tout stoppé, nous écrivons. Vous êtes le garde frontière, je suis le libraire. J’essaie de sortir de la capitale impériale depuis des millénaires mais je continue à avoir des réponses dans ma tête à ce qu’est le Tao. … Alors je suis toujours là. Simplement satisfait du son de la rivière et essayant de mettre par écrit le son de l’eau qui coule.
Tout ce que Lao Tzu a fait c’est de nous inviter à une danse dont nous faisons déjà partie. Je vous verrai dans la salle de bal céleste, et nous pourrons y parler de ce qu’est le Tao.